Poilus au front 14-18 / 1918 (1)

 

Henri, Gaston et René écrivaient à leur maman, Thérèse, ou leur soeur Claire, mais également à leurs tantes ou oncles. Certaines lettres étaient complétées par la maman ou la soeur et étaient ainsi transmises à d'autres membres de la famille, tous en Algérie. Ces textes figurent en rouge.

La fiancée d'Henri, sa cousine germaine, se nomme Claire Brogat.

Le 6/1   1918                                                        Gaston

Ma chère maman,

Nous changeons encore de cantonnement. Je me suis rencontré hier avec Louis qui appartient à la même division que nous. Nous avons passé la soirée ensemble, tu peux juger de notre joie de nous revoir.

Je reverrai sans doute Louis souvent maintenant. Nous allons probablement manœuvrer ensemble

Bons baisers à tous, je t’embrasse

Gaston

 

Henri, à Alger, en permission pour se marier-

 

Le  10 mars 1918                                        Gaston à son frère 

Mon cher Henri, 

J’ai eu ta carte il y a quelques jours déjà mais comme j’étais en ligne je n’ai guère eu le temps d’y répondre. Après une nuit de veille au petit poste tu dois penser que le jour venu on n’aspire qu’à une tente pour roupiller. Nous sommes en réserve depuis trois jours, comme j’ai dormi ce matin jusqu’à la soupe, je me sens plus frais et plus dispo pour écrire.

Ta carte m’a rejoint à la 43è Cie où je suis affecté comme 2ème classe depuis 15 jours et j’ai pensé en lisant tes recommandations à propos des galons de sous officier qu’à toi aussi ma cassation allait te peiner et je t’assure que c’est le seul regret que j’ai d’avoir perdu ces galons.

Maman m’écrit qu’elle t’envoie ma lettre lui annonçant l’événement. C’est bien simple et c’est vrai. Un homme de mon petit poste a quitté sa place et celui qui le remplaçait ne s’est pas mis exactement à l’endroit qu’il fallait, d’où l’officier de ronde a couché que personne chez moi ne veillait. Je lui en ai montré non pas un mais deux et lui a répondu en me montrant l’emplacement « Là, il n’y a personne » et ce qu’il y a de plus fou, c’est qu’au moment où la surprise a été faite, j’étais au petit poste voisin pour y répartir le casse croute entre 4 hommes. Je ne pouvais pas être partout. Mais comme je me sentais visé je n’ai rien ajouté et ai été cassé et je t’assure que cela ne me déplait pas. Je ne serai jamais passé sergent ne pouvant pas faire un bon caporal, il était donc inutile que je continue à faire un mauvais caporal, il vaut mieux que je fasse un humble 2ème classe qui ne doit rien à personne. Comme dit maman, pourvu que nous revenions tous trois, c’est la seule chose à demander. L’armée de gloire ne m’étouffe pas, je n’aspire qu’à une seule chose, qu’à sauver ma peau et surtout pas les galons de sergent qui m’auraient donné plus d’invulnérabilité.

Parlons de choses plus intéressantes. Tu as du quitter ta femme le cœur gros et je comprends que tu as dû pendant quelques jours posséder un cafard maous.

Heureusement que tu as quelques avantages matériels et que tu es bien placé pour te distraire un peu. Peut-être es-tu déjà à Epinal à suivre ces cours de signalisation. Je me demande à quoi ce changement est dû. Ce n’est pas toi qui as demandé à quitter ta compagnie, je pense. C’était là un bon filon qu’il te sera difficile de retrouver peut être. Tu me dis bien que les cours finis tu entreras comme secrétaire chez le trésorier, mais en es-tu sûr. Je pense que tu ne feras rien pour passer sous lieutenant et que tu te contenteras des galons de chef qui sont de beaucoup plus avantageux.

Je te quitte. Je t’embrasse affectueusement

Gaston

 

 

 

Le 6 avril 1918                                           

Ma chère maman,

Toujours en Meurthe-et-Moselle et en bonne santé, j’ai eu une lettre de René me disant son entrée à l’ambulance pour intoxication mais plus rien depuis. Donne-moi de ses nouvelles.

Ne peux t’écrire longuement  faisons beaucoup d’entrainement en vue de la 2ème partie de la pièce se jouant. Je ne demande pas un premier rôle et me contenterai de celui de figurant.

Je m’en fais moins que jamais et ai bon espoir-

Baisers à tous  à toi les meilleurs de

Gaston

Aux Armées le 19 mai 1918                Nous n’étions pas loin l’un de l’autre et ne

                                                            nous sommes pas vus. Henri 27-12-51

 Ma chère maman, 

Nous avons changé de cantonnement avant-hier. Heureusement que notre déplacement a é »té de courte durée car il faisait une chaleur atroce et par les grandes chaleurs il ne fait pas bon se promener en tenue de campagne complète les routes (45kg à transporter) complété par Henri en 1951.

Notre cantonnement n’est pas comparable à celui que nous occupions, de plus nous n’avons pas trouvé de personnes complaisantes pour nous faire la cuisine. Avions crèmes, flancs, gâteaux  de riz, etc. Enfin tout cela reviendra peut-être un jour.

En attendant de monter en ligne les poilus font des tranchées à l’arrière en cas d’un nouveau repli anglais. Mais je ne crois pas que cela arrive une 2ème fois car ils ont eu des ordres très sérieux et ceux qui ont reculé lors de la dernière offensive boche doivent reprendre le terrain perdu. Pourvu qu’ils réussissent seuls sans notre intervention, c’est tout ce qu’il faut.
Je te quitte Maman en t’embrassant bien bien fort

Bons baisers à tous

Ton fils René

  

 

 

Le 20 mai 1918

Ma chère maman

Je suis toujours en excellente santé, un temps splendide rend notre vie moins pénible et nous fait tout paraître plus beau. Mais je suis toujours loin de toi et de ma clairette et il m’est impossible de rien apprécier.

Il est près de 1h du matin, je vais aller dormir et oublier toutes ces misères.

Bons baiser à tous, reçois les plus affectueux de ton fils

Henry

 

Aux Armées le 23.5.18 

Ma chère maman,

Toujours à l’arrière en réserve des anglais. Ils veulent se faire un honneur de reprendre le terrain perdu mais le commandement trouve quand même prudent de mettre des troupes françaises à l’arrière en cas de nouvelles attaques boches.

Nous sommes en ce moment dans un cantonnement à peu près tranquille.

Nous avons perdu, dernièrement, un chef de bataillon qui était plutôt ennuyeux aussi maintenant sommes nous à peu près tranquilles. Dans notre bureau j’ai réussi à trouver un lit. Ce n’est pas le « plumard » rêvé, mais le soir je peux me déshabiller pour me coucher  et le repos est ainsi beaucoup plus profitable.

Dans quelques jours nous allons changer de village et il va falloir recommencer à coucher sur la paille.

Hier j’ai écrit à Tante A ainsi qu’à Henri et à Gaston. J’espère qu’ils me répondront.

Je te quitte, maman. Embrasse bien pour moi tout le monde chez Tante et chez Monsieur Jouve.

Les meilleurs baisers de ton fils

René

Tache de m’envoyer des cigarettes !

 

  

 

 Le 26 mai 1918

 

Ma chère maman

Je vais t’écrire aujourd’hui un peu plus longuement que d’habitude, mais j’ai toujours beaucoup de travail et quelquefois pas le temps de penser à moi.

Il fait beau depuis plusieurs jours et je rage souvent de ne pouvoir aller me promener. Ce beau temps est très agréable pour nous qui vivons continuellement sous les bois, C’est une véritable cure d’air  que nous faisons, et pourtant je ne grossis pas. Les fatigues endurées dans la Somme ne m’ont pas fait du bien et quand  je suis revenu dans cette région, bien des gens que je connaissais m’ont trouvé maigri.

Si nous restons quelques temps dans ce secteur calme, je me remplumerai certainement.

J’ai reçu hier une carte de René toujours dans la Somme, de Franciel près de Reims, de Gaston rien encore.

J’espère que tata Victorine se porte bien et qu’elle a de bonnes nouvelles d’Alexandre. Embrasse la bien pour moi ainsi que mon petit Riquet,  Clairette et Albert, qu’ils m’excusent tous si je les laisse sans nouvelles.

Un nommé Landelle ira voir les Jouve de ma part, il vous dira où je suis, notre vie.

Je t’embrasse affectueusement

Henri

 

Le 30 mai 1918                                                     Gaston 

Ma chère maman

Un petit mot avant que le sergent de jour ne s’en aille au vaguemestre. Toujours dans le même coin et pas près d’en sortir. Il vaut peut-être encore mieux y rester puisque d’après ce que l’on nous a laissé entendre nous ne sommes pas près d’aller au repos. Et jusqu’à ce que les américains entrent en ligne, il en sera ainsi sans doute. C’est une belle perspective. Comme notre secteur reste plutôt calme il vaut mieux que nous n’en bougions pas.

Bons baisers à tous  je t’embrasse mille fois

Gaston

21 juin

Chers tous

En quelques mots nous allons bien, toutes ces cartes ou lettres reçus depuis quelques jours des enfants. Cela vous occupera votre dimanche si vous les recevez un jour. – Clairette me gardera les principales de Gaston et René, les vues aussi et les apportera quand elle viendra. Je vais écrire à Henri, chaque jour c’est le tour de l’un d’eux. Je lis ces combats devant Villers-Cotterêts  et je suis effrayée de xx

Ai reçu lettre de Clo, je trouve qu’elle devrait bien revoir encore Mr Bahilé et se  soigner sérieusement.

Mille baisers de tous ici, de tata V aussi les meilleurs de  T

 

Le 1er juin 1918                            

 Ma chère maman,

Toujours rien de nouveau quant à moi.

J’ai eu hier au soir ta lettre  et mandat y contenu.
Je vais faire des économies faciles les occasions de surprises étant plutôt rares.

Baisers chez tante et Claire, amitiés à la famille Jouve

Je t’embrasse mille fois

Gaston

 

 

Le 5 juin 1918

Ma chère maman,

Toujours au même endroit, pas pour longtemps sûrement car depuis le début de l’offensive boche notre regt n’a pas encore donné et il va falloir remplacer les copains. On se bat chacun à son tour là-haut !

J’ai reçu aujourd’hui une courte lettre de Gaston, nous étions tout près l’un de l’autre sans nous en douter, mais maintenant nous sommes loin sans doute.

Bons baisers à tous, les meilleurs de ton fils

René

 

 Aux armées le 12 juin 18                                         René

Ma chère maman,

Je reçois aujourd’hui ta lettre du 3. Tu as tort de te faire du mauvais sang tu sais très bien que les courriers ne sont pas réguliers en ce moment.

Toujours dans le même secteur. Nous sommes dans une cave qui nous protège tout juste contre les éclats et les boches ne se gênent pas pour nous canarder. Ce matin ils nous sont sonné un drôle de réveil. Ils ont attaqué mais ils ont été repoussés immédiatement. L’artillerie les a arrosés copieusement.

Cette nuit ils vont surement recommencer et ils nous laisseront pas dormir tranquilles.

J’ai reçu aujourd’hui des nouvelles d’Ouled Fayet et d’Aim Tedeles. La lettre de Simone était datée du 4 juin et elle avait des nouvelles d’Henri du 24. Tu as dû sans doute en avoir toi aussi. Je n’ai rien eu de Gaston. Tout ce que je sais c’est que nous ne sommes pas dans la même région. Il se trouvait il y a une quinzaine de jours en Lorraine. Son secteur est surement plus tranquille que le notre.

Je te quitte maman, je voudrais que le vaguemestre emporte ma lettre ce soir.

Embrasse bien tout le monde pour moi chez tante et chez monsieur Jouve.

Bons baisers à Riquet

Les meilleurs de ton fils

René

PS  peux-tu m’envoyer de cigarettes ? 

 

Florsli   Le 15 juin 1918 10h soir

Ma chérie,

J’ai enfin pu trouver de l’encre à mettre dans mon stylo et je vais maintenant t’écrire un peu plus lisiblement peut être.

Je suis rentré vers 7h de Mayex  où je t’ai dit que j’allais faire un match de football. Pour la première fois depuis mon retour de perm, nous fumes battus, aussi inutile de te dire si j’étais en rage tout à l’heure. Enfin ce n’est qu’un petit malheur que nous tacherons de réparer dimanche prochain, si toutefois d’ici là les événements importants ne se sont pas produits.

Inutile de te dire que si les boches ne signaient pas, ils en prendraient plein la vue, mais il vaudrait mieux ne pas en venir là.

Je n’ai pas eu de lettre de toi aujourd’hui ; aussi ai un peu le cafard, maintenant.

Comme il m’aurait été doux de m’endormir en relisant une lettre toute nouvelle…

J’attends demain après midi avec impatience pour pouvoir te lire.

Ma chérie, je suis fatigué, je te quitte et je t’embrasse de tout mon moi.

Mille caresses de ton

Henry

 

Aux Armées le 18 juin 1918

Ma chère maman,

Voilà plusieurs jours que je n’ai pas reçu de tes nouvelles. Pourtant il y a eu courrier d’Algérie.

Je suis toujours en ligne. Heureusement que nous avons des grottes. Cela nous permet d’être à l’abri du bombardement et ensuite de pouvoir faire cuire sans risque lapins et poulets que nous avons eu le bonheur de trouver dans un village pas loin des lignes.

Je te prie de croire que depuis 3 jours nous nous nourrissons bien. Tous nos repas sont arrosés de vin bouché et nous les terminons par des bouteilles de champagne (Marque Mottier Chandon).

Si tu pouvais voir ce linge d’hommes et de femmes qui se gaspille dans ce village, ce n’est pas croyable. Certains poilus mettent des chemises propres tous les jours. S’ils n’en trouvent pas d’hommes, ils ne se gênent pas pour mettre des chemises de femmes. De cette façon, les « Totos » n’ont pas le temps de moisir.

Il faut dire aussi que le village où nous prenons toutes ces affaires sera sûrement rasé dans 3 ou 4 jours et que tout le matériel que nous avons  pris aurait été brisé par les obus. Aussi au bureau nous avons pris nos précautions et nous avons monté notre bureau. Nous avons même pris une machine à écrire, toute neuve, de nombreux encriers en verre, presse papier etc, etc .

Pauvres gens lorsqu’ils vont retourner chez eux. Je ne voudrais pas être à leur place.

Je te quitte ma chère maman, la corvée de soupe va partir.

Bons baisers à tous. Grosses caresses à Riquet

Les meilleurs baisers de ton fils

René

 

 VERS 1918 (2)

 

 

 

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