poilus au front 14-18 / 1917

Henri, Gaston et René écrivaient à leur maman, Thérèse, ou leur soeur Claire, mais également à leurs tantes ou oncles. Certaines lettres étaient complétées par la maman ou la soeur et étaient ainsi transmises à d'autres membres de la famille, tous en Algérie. Ces textes figurent en rouge.

La fiancée d'Henri, sa cousine germaine, se nomme Claire Brogat.

La famille Barbier recevait et expédiait les correspondances « privées » qui n’étaient pas prises en charge par la poste militaire ; Marcelle Barbier : marraine de guerre.

 

Saint-Leu 25 mars 1917                              destinataire Henri

Monsieur Sauer

Que d’événements depuis votre départ. D’abord nous avons eu la grande joie de voir le retour de notre famille de Lille et tous en bonne santé, c’est le principal. Malgré leur souffrance et les privations, ces pauvres lillois ont toujours confiance. Du reste, il  parait que les soldats boches sont mal nourris et qu’ils perdent courage. Nous avons été contents d’apprendre cela par ma tante. Puis nous avons vu notre département complètement déboché encore une grande joie. Pourvu que tous ces succès continuent. Nous verrions bientôt la fin de la guerre et vous auriez enfin la grande permission. Voyez-vous que le tsar est toujours comme au temps de Raissa. Les affaires de cœur avant tout. Tant pis pour lui.

Mes parents me chargent de vous envoyer leurs meilleurs souvenirs et moi je vous prie de recevoir mes amitiés les plus sincères.

Marcelle

 

Aux Armées, le 26 avril 1917

 Mon cher Tonton,

IL y a quelques jours que je suis descendu des lignes. La température n’avait encore pas changé et, je te prie de croire qu’il faisait froid et que j’aurais bien voulu avoir un peu de soleil d’Algérie pour me réchauffer. Enfin, les mauvais jours sont passés pour quelques temps et nous voilà au repos. Quel calme, quel silence à côté de l’enfer d’où nous sortons.

Tu as dû voir sur les journaux le début de l’offensive française. Nous étions les premiers dans l’attaque et après un bombardement de plusieurs heures, nous sommes sortis de la tranchée. Si tu avais vu les boches lever les mains. Des compagnies entières se rendaient. Nous avons avancé ainsi sans aucune résistance pendant près de 3 kilomètres. Là nous nous sommes arrêtés dans un ravin qui était anciennement une popote d’officiers boches. Que de trouvailles il y avait dans les « cagibis », que de boissons ! Si les soldats sont mal nourris, les officiers par contre ne se privent pas. Ils avaient laissé toutes leurs affaires en désordre et s’étaient sauvés précipitamment. Il y en avait des souvenirs à rapporter ! Malheureusement je ne suis pas prêt de retourner en permission aussi n’ai-je rien pris, que quelques bricoles.

En route nous avons aussi abattu un aéroplane boche avec une mitraillette. Tu vois que nous n’avons pas trop mal travaillé.

J’espère que Grand-mère, Tante et Louis sont en bonne santé. Tu les embrasseras bien fort pour moi

Les meilleurs baisers de ton neveu

René

 

 

Le 12 juin 1917

Ma chère tante,

Me voilà enfin arrivé après 5 jours d’un long et pénible voyage à une destination dernière. Je suis un peu fatigué et pas trop bien logé, puisque je couche dans une grange, sur la paille, mais … pour moi la guerre recommence et je ne veux plus me plaindre.

Comme je l’avais promis à Clairette, je vais te faire une confidence très grave puisque c’est de mon bonheur futur et celui de clairette que je vais te causer.

J’aime Claire passionnément depuis plusieurs années, tu t’en es peut être douté et Clairette te l’a sans doute dit. C’est d’accord avec elle que je t’écris et c’est toi qui la première sera la confidente de notre secret. Oui, j’aime Clairette et mon plus cher désir est de m’unir à elle pour la vie. Pendant mon trop court séjour à Alger nous nous sommes avoués notre amour et jurés d’être l’un à l’autre pour toujours.

Comme tu as été pour moi une très gentille tante et que Claire te confie tous ses secrets, d’autre part ayant une confiance absolue dans tes conseils, je viens te demander ton aide et te prier de m’indiquer ce qu’il faut que je fasse.

Dois-je écrire directement à Tante Claire ou bien charger maman (pas encore prévenue) de faire une demande officielle ? Conseille-moi. Dans tous les cas j’écrirai à Clairette pendant quelques temps chez toi. Cela n’est peut être pas très régulier, mais du moins que mes intentions sont bonnes je pense que tu n’y verras pas d’inconvénients. J’attends avec beaucoup, beaucoup d’impatience ta réponse et tes conseils qui seront ma ligne de conduite ; causes de cela avec Clairette et dis moi franchement tes objections, je n’en vois aucune car j’aime trop Clairette et je serai trop malheureux si notre union ne pouvait se faire.

Ecris-moi vite

Je t’embrasse bien bien fort et te charge d’embrasser pour moi ma future petite femme.

Henri

 

 

Le 21 juin 1917                                            lettre à Claire Brogat

Ma chère aimée,

J’ai bien reçu hier ta lettre N°1. Je ferai comme tu le désires et je numéroterai mes lettres : naturellement les cartes postales ne comptent pas et je ne les numéroterai pas. Je ne puis t’écrire une longue carte j’irai en visite ce matin et comme il faut pratiquement attendre son tour, j’ai perdu toute ma matinée.

Je vais t’écrire cet après midi un peu plus longuement. Je t’aime ma chérie et attends avec beaucoup d’impatience le jour qui nous réunira.
Je vais beaucoup mieux, mais le major me fait suivre toujours le même traitement que je me garde bien de prendre car il compliquerait ma maladie. Je me soigne moi-même et m’en porte mieux. Je t’embrasse Henri

Garde moi ces deux cartes postales, avec du reste toutes celles que je t’envoie ; je serai très heureux de les revoir plus tard. Je t’envoie une lettre par le même courrier. Bons baisers à tous

A toi, les plus affectueux de ton

Henry

 

Le 4 juillet 1917

Ma Chérie,

Me voilà dans un dépôt d’éclopés et cette fois aussi heureux qu’il est possible de l’être quand on dépend de l’autorité militaire.
Je suis libre toute la journée et je passe mon temps à lire et à songer à toi ma bien aimée, à notre vie future, à notre bonheur !

Je vais faire tout mon possible pour essayer d’avoir une convalescence. Réussirais-je ? C’est peu probable ; mais je vis un tout petit peu dans cet espoir.

Je n’ai toujours pas de lettre de toi et vais être encore plusieurs jours sans avoir de tes nouvelles. Je pense malgré tout que tu te portes toujours bien. Je t’aime et je t’embrasse Henri

 

Mesnil- s/Oger le 15 juillet 1917

 Ma chère maman,

 Ma lettre dans laquelle je t’annonçais mes fiançailles avec Clairette a du te suggérer pas mal de réflexions que je n’ai pas encore reçues.

J’espère que tu as accepté cette affirmative et que tu ne me feras pas trop de reproche.

Pendant mes trois ans de pérégrinations à travers la France, j’ai eu l’occasion de rencontrer pas mal de femmes de tous les mondes ; j’ai lié avec quelques une des relations plus ou moins étroites, à aucune de confiance je n’ai donné mon cœur ; la plupart étaient réellement trop viles, et je n’aurais pu, avec mon caractère tout à fait spécial être heureux avec aucune d’elle.

Par contre j’aime Clairette depuis la première fois que je l’ai vue, par l’absence son image avait paru s’effacer de mon cœur. Dès que j’ai revu celle qui sera ma femme, j’ai compris qu’avec elle, et avec elle seule je pourrai être heureux et tranquille.

Claire par son caractère, par son cœur, m’a pris tout entier, et je ne voudrai qu’elle comme femme.

Tu verras que je serai heureux avec elle et qu’elle sera pour moi un bon guide, presqu’une seconde maman.
J’attends ta lettre avec impatience,  je t’embrasse affectueusement

Ton fils

Henri

Le 3 aout 1917                                   lettre à sa sœur, Claire

 Ma chère clairette

Je suis au Bourget depuis hier au soir. Inutile de te décrire le dépôt où l’on nous a conduits  pour prendre notre train, c’est dégouttant. J’ai pu aller diner et coucher en ville, mais je n’ai point essayé de pousser jusqu’à Paris, il est trop difficile d’y entrer ou d’en sortir.
Je rejoins mon corps dans la journée.

Bons baisers à tous, les meilleurs pour toi

D’Henri

 

Le 8/9/17 

Mon cher Albert,

Ma lettre te trouvera sûrement à Tlemcen où tu dois être à présent depuis quelques jours, et où tu pourras te reposer des fatigues endurées pendant ton séjour à Alger.

Je t’envoie quelques timbres procurés par un ami. Un seul a je crois de la valeur, le possèdes-tu, et pourras-tu me dire, son prix au catalogue ! (à titre de curiosité, mon camarade tiendrait à le savoir).

Comment as-tu trouvé ma fiancée. Tu l’as parait-il  photographiée, ne m’oublies pas et envoies moi de chaque genre d’épreuve.

Bons baisers à Clairette, à Riquet et à toi de

Henri

 

 

Le 27 septembre 1917                                          Gaston

 Ma chère maman,

Toujours rien de nouveau. Continuons nos exercices d’entrainement. Sommes par le fait pas trop malheureux pour le moment. Je voudrais bien avoir de tes nouvelles aujourd’hui ; voilà cinq jours que je n’ai rien de toi. Cette carte militaire a été drôlement coupée. Ca n’a pas grande importance. Je n’ai pas non plus de nouvelles de René ni d’Henri, mais les lettres entre militaires sont si longues à parvenir à leur adresse que je ne m’étonne pas. Peut-être aurais-je un peu de courrier ce soir. Je te quitte, embrasse tout le monde chez tante et Claire. Amitiés à la famille Jouve.
A toi mes meilleurs baisers

Gaston

Le 29 septembre 1917

 Ma chère maman,

 Je suis toujours en bonne santé, et cela me permet d’accomplir facilement mon lourd travail. Après avoir passé un mois au repos nous voilà de nouveau dans la zone dévastée, cela ne nous change guère, et nous trouvons plus facilement à nous caser dans les villages à moitié abandonnés que dans les grandes villes.

J’ai reçu des nouvelles de Gaston et de René.

Je fixe mon départ en permission et par suite mon mariage pour la 2ème quinzaine de Décembre. Je pense avoir fait d’ici là suffisamment d’économie pour pouvoir subvenir aux frais que cela entrainera.

Je pense que tu me feras le plaisir d’assister à mon mariage et que tu y amèneras Clairette Albert et Riquet.

Dis-moi ce que doit coûter une bague de fiançailles ; je pense disposer de 150frs ; est-ce suffisant ? Il me semble que oui. Si tu es de mon avis charge ma sœur de faire le choix, j’enverrai l’argent immédiatement.

Si ce n’est pas suffisant, j’attendrai encore un peu. J’ai du reste décidé de ne pas m’endetter et tiens à payer de suite.

Si, Albert venait pour mon mariage, je serais heureux de l’avoir comme témoin, mais voilà, voudra-t-il venir ?

Je t’embrasse ma chère maman, bien fort

Bises à tous

 Henri

J’écrirai à Albert et lui causerai de ses timbres

  

  

Le 10 octobre 1917 

Ma chère maman, 

J’ai reçu aujourd’hui ta longue lettre où tu me donnes tant de conseils, qui tous seront suivis. J’ai écrit à Claire Sauer au sujet de la bague et j’attends sa réponse pour lui envoyer les 150f, naturellement si c’est un peu plus cher qu’elle prenne quand même la bague et qu’elle complète la somme que je tiendrai à sa disposition.

Comme je te l’ai du reste dit je ne pense partir en permission qu’en fin Décembre, j’aurai alors la somme nécessaire pour subvenir à tous mes frais de séjour là-bas, et mes frais de mariage qui ne seront pas très élevés n’est-ce pas puisque nous nous marierons simplement et que nous n’irons pas à l’église, comme c’est convenu du reste avec Clairette Je continue toujours à bucher pendant les quelques instants que j’ai de libre la nuit.

J’ai toujours beaucoup d’occupations pour la compagnie, et peu de temps pour moi.

Je n’ai pas encore choisi le genre de représentation dans laquelle je me lancerai ; je crois bien que ce sera les machines agricoles ; nous en recauserons du reste à ma prochaine permission, puisque tu penses pouvoir venir à mon mariage.

Marcel Cloître n’est plus ordonnance du commandant, celui-ci ayant été appelé au ministère. Naturellement tous ses copains sont ennuyés pour lui car il reprend sa place de combattant, ce qui est moins rigolo que d’être cavalier. J’en suis peiné pour Marcel car c’était un bon camarade. Il va partir en permission, nous aurons peut être le temps de lui trouver un filon. Je te quitte maman pour faire un tour à cheval, je t’embrasse Henri

Voilà une ballade terminée, il faisait dehors, par extraordinaire un temps magnifique j’ai donc bien profité de mon après midi ; mais le travail que je n’ai pas fait pendant ce temps-là, il faudra que je le fasse cette nuit.

Je t’embrasse ainsi que Claire et Albert et tante Victorine

Ton fils Henri

 

Le 20 octobre 1917

Ma chère maman

J’ai envoyé ce soir par Paris le mandat en question que tu auras peut être reçu avant cette carte. Je suis de ton avis, envoie 150f ou 175 à tante Clo qui choisira une bague avec Clairette. Comme nous déménageons demain je n’ai pas le temps de t’écrire bien longuement. J’ai reçu une carte de Gaston, rien de René. Ne t’étonne pas si tu restes quelques jours sans nouvelles, mais je ferai mon possible pour t’envoyer une carte.

Embrasse Tante Victoria pour moi, reçois mes meilleurs baisers

Henri

 

Le 5 novembre 1917

Ma chère maman,

As-tu reçu le mandat de 2OO f que par un camarade je t’ai fait envoyer de Paris. Ici, nous avons pas mal de difficultés pour les expédier et j’ai préféré le faire partir par un ami. Clairette (ma sœur) me dit que je tache de me marier vers le 20. C’est bien la  date que nous avons à peu près fixée mais elle ne peut être certaine, mon départ en permission pouvant être, pour bien des raisons, retardé. Au moment de mon arrivée à Marseille, j’enverrai du reste aux intéressés un télégramme.

J’ai écrit à René en traitement à Toul, et lui ai donné pas mal de conseils. Je voudrais bien qu’il ait la chance d’être évacué dans l’intérieur pendant la période d’hiver, cela lui éviterait bien des souffrances et bien des fatigues.

Embrasse bien pour moi tante Victorine, dis lui qu’elle ne m’en veuille pas de mon silence, et plaide ma cause qui en vaut la peine, pour qu’elle m’excuse.

Alexandre doit être maintenant parmi vous ; embrasse-le pour moi ainsi que Bellot bien heureuse sûrement du retour de son mari.
Reçois, ma chère maman, mes plus affectueux baisers

Henri

 

Le 9 Nov 1917

Ma chère maman

Peu de temps à moi aujourd’hui pour t’écrire longuement et posément. Rien de bien particulier aussi si ce n’est qu’après plus de 10 jours de pluie, nous avons enfin aperçu le soleil, mais un soleil bien pâle et peu vif. Malgré cela tout le monde paraissait plus heureux, plus allègre.

J’ai bien reçu des nouvelles de René sur le point de reprendre son corps. Il passera peut-être par le dépôt divisionnaire où il sera toujours plus en sécurité que dans une compagnie de ligne.

J’ai écrit à Tante Adèle, il y a déjà quelques jours ; naturellement je lui parle de mon mariage et lui demande d’y assister si possible. En un mot je suis tous les conseils que tu me donnes, ils sont toujours bons à suivre et t’en remercie.
Embrasse pour moi tout le monde chez Jouve, tante Victorine, Alex et Bellot (Alexandre et sa première épouse Gabrielle), reçois mes plus affectueux baisers

Henri 

 

 Le 25/12/17

Je t’envoie ma chère Clairette mes meilleurs vœux de bonheur et de bonne santé et mes plus affectueux baisers de ton Henry

 

 VERS 1918 (1)

 

 

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