poilus au front 14-18 / 1916

Henri, Gaston et René écrivaient à leur maman, Thérèse, ou leur soeur Claire, mais également à leurs tantes ou oncles. Certaines lettres étaient complétées par la maman ou la soeur et étaient ainsi transmises à d'autres membres de la famille, tous en Algérie. Ces textes figurent en rouge.

La fiancée d'Henri, sa cousine germaine, se nomme Claire Brogat

.Le 9 avril 1916

 

 

Ma chère maman, 

C’est dimanche aujourd’hui il a fait une journée magnifique et tout ensoleillée, et malgré le travail assez pressant je n’ai pu résister au plaisir d’aller faire une partie de foot Ball : aussi j’ai maintenant les jambes assez fatiguées. Et je vais ce soir me coucher de bien bonne heure.

Comme j’ai depuis quelques jours la bonne fortune d’avoir certaines nuits un lit, je bouquine très tard dans mon « plumard ». Je suis tombé (sans me faire mal) sur une collection « Victor Hugo, et les vers de ce poète m’enlèvent mon cafard quand je n’ai pas de lettres. Ce qui arrive quelques fois quand tu restes quatre ou cinq jours sans m’écrire… (Soit dis sans reproche) car je sais bien que, quand tu ne m’écris pas, c’est que cela ne t’est pas possible.

J’ai un de mes camarades, un caporal fourrier, qui est de Miliana qui va voir tante clotilde. Il lui donnera quelques tuyaux que tante t’écrira.

Rien de bien sensationnel que tu ne saches déjà. As-tu reçu ce que je t’ai fait envoyer de Paris. Dis le moi.

Embrasse  pour moi tout le monde chez les Jouve et chez tante Victorine. J’ai une carte de Simone (Brogat, sœur de Claire), lui enverrai quelques vues photos quand j’en aurai l’occasion et que cela ne pourra nuire

Bons baisers à Claire et à mon petit Riquet.

Baisers affectueux de ton fils  Henri

  

 Le 20 avril 1916 

Ma chère maman,                                                    lettre d'Henri , 

Je n’ai pas beaucoup le temps d’écrire aujourd’hui. Suis en excellente santé. Dimanche j’ai fait un match de football très intéressant puisque les deux équipes étaient composées de bons joueurs. Je me voyais presque revenu au temps heureux où je passais tous les après midi de dimanche à faire du sport.

Sommes toujours au même endroit, et continuons à mener une vie pas trop fatigante. Reçu hier une lettre de toi. J’ai en ce moment une « flemme » d’écrire peu croyable. Je néglige tous mes amis. Il est vrai que pour moi, qui, toute la journée suis plongé dans la paperasse, ce n’est guère un délassement de reprendre la plume quand mon travail est fini. Aujourd’hui jour du prêt, je ne pense pas avoir beaucoup de temps de libre

Il est en ce moment 5h1/2 du matin et comme je ne peux entrer dans la chambre – deuxième partie de la carte absente-

 

 Le 29 avril 1916 

Ma chère maman,  

Je suis en très bonne santé. Un temps splendide nous permet de faire tous les soirs des matches de football passionnants, entre les diverses compagnies du régiment. Les journées se terminent ainsi assez agréablement, et le temps passe plus vite. Il fait le soir un temps si beau et si doux que l’on reste dehors jusqu’à 10 et 11 h avant de se coucher. J’attends toujours la réponse au sujet de ce que je t’ai envoyé. Aujourd’hui une lettre de toi contenant l’adresse de Gaston à qui je vais écrire ce soir.

Je t’embrasse affectueusement ainsi que tous

Henri 

 

Le 25 juin 1916 

Ma chère maman, 

Je suis toujours à l’ambulance,  je ne suis pas assez gravement blessé pour espérer entrer dans un hôpital d’où j’aurais pu avoir une permission. Je serai obligé d’attendre mon tour normal quand je serai de retour à ma compagnie pour pouvoir te revoir. Plat, qui a été traîné par les chevaux sur un parcours plus long que moi, n’est touché qu’aux jambes et sera guéri d’ici peu. Moi qui suis tombé sur la tête, j’ai l’arcade sourcilière droite fendue mais l’œil n’a absolument rien. Dans la journée, je ne souffre pas dut tout, à l’heure des pansements, seulement le major me fait un peu souffrir.

Je reçois tes lettres régulièrement encore une de toi aujourd’hui. Il fait depuis quelques jours un temps magnifique, aussi tu t’imagines bien que je ne reste pas dans les salles de l’ambulance, et avec Plat nous faisons de longues ballades dans les bois.De bons baisers à tous les plus affectueux pour toi de ton  fils

 Henri                      

 

 

 Le 14 juillet 1916 

Ma chère tante,

Suis toujours à l’ambulance. J’en ai encore jusqu’au 24. Toujours rien de certain pour une permission. J’ai quand même un peu l’espoir de revoir l’Algérie et surtout son beau soleil ; car ici, il est bien pâle, Phébus ! visite des tombes cette nuit ; mais ils ont rasé la ville.

Bons baisers à tous,

Henri

 

Alger le 21 juillet 1916                                lettre de René 

Ma chère Maman,

Je suis à Alger depuis hier au soir.  Notre ordre de départ est arrivé tellement vite qu’il m’a été impossible  de te prévenir. Nous sommes partis de Boghari  mercredi matin à 5h30. A 11h nous étions à Blida après un voyage pas trop fatigant. Nous avons quitté Blida à 2h de l’après midi et à  5 h nous débarquions à Alger. Il faisait une chaleur atroce et je t’avoue que nous avons tous transpiré pour monter à la caserne. La fanfare d’Alger nous précédait et nous avons traversé toute la vile au pas cadencé l’arme sur l’épaule droite. Le soir je suis sorti chez Tante, et comme j’étais très fatigué je suis allé me coucher de suite après souper.

Le matin on nous a habillés en tenue de guerre.  A 10 heures, je suis sorti et suis rentré vers 2 heures à la caserne. Nous devions passer une revue à 5 heures, mais à  6 heures nous ne savions pas comment nous devions faire le sac ni avec quelle tenue nous vêtir. Enfin nous sommes fixés. Nous partons en tenue reseda et je crois que nous allons passablement souffrir pour descendre au bateau. Heureusement que nous n’aurons pas froid avec cette tenue pendant la traversée.

Nous ne savons pas encore le jour de notre embarquement, les uns parlent de demain, les autres d’après demain, etc. Au juste, il n’y a rien d’officiel. Pourvu que nous restions à Alger le plus longtemps possible, c’est tout ce qu’il faut.

Ne te fais pas de mauvais sang, ma chère maman, je ne suis pas encore sur le front et même si j’y étais il ne serait pas nécessaire que tu t’en fasses car heureusement tous ne restent pas là-bas et moi je veux être de ceux qui reviendront une fois leur devoir accompli.

Embrasse bien tout le monde chez tante Victorine et chez Mme Jouve

Mille baisers de ton fils René

Voici ma nouvelle adresse

Sauer R 1er Zouave Bataillon I - 2ème compagnie  3ème section Caserne d’Orléans  Alger  (à faire suivre !)

Préviens Tante Adèle  car je ne sais pas si je pourrais lui écrire

Encore un baiser de ton fils René

Tout le monde chez Tante vous embrasse bien.

 

 

 

Quevauviller le 21 aout 1916

Adresse de René : au 9è Rgt de zouaves 3e Bton  10è Cie Secteur 165

Ma chère maman,

Nous voilà au grand repos sans doute pour un mois ½ ou 2 mois. Nous ne devons pas restés dans le bled où nous nous trouvons en ce moment. Nous devons partir dans 2 ou 3 jours à Berque-plage qui est parait-il un charmant petit patelin. Ce qu’il y a de chic c’est que l’on pourra  prendre des bains. Et je t’assure que je m’en vais m’en payer car il y a déjà quelques temps que je ne me suis pas lavé le corps et l’on a pour habitude de ne pas redescendre très propres des tranchées.

Les 15 jours que nous y avons passés ont été particulièrement durs. Surtout que nous avons eu deux attaques à faire pour prendre le patelin. Si tu voyais le village, il n’y a plus un pan de mur encore debout. La terre est complètement retournée. Il n’y a plus 1cm2 de terre qui n’ait pas reçu un obus ; et tu vois l’effet produit lorsqu’un seul de ces obus te fait un trou de 3 à 4 mètres de profondeur et un diamètre de 7 à 8 mètres. Enfin, tout cela est horrible et je t’assure qu’il me tardait de sortir de cet enfer.

J’ai reçu ta lettre contenant celle de Claire. Tu me dis que tu as envoyé un mandat télégraphique mais je n’ai encore rien reçu. Il est vrai que ce mandat a dû voyager dans tous les endroits où je suis passé. J’attends encore une quinzaine de jours. Si dans ce laps de temps je n’ai rien reçu, je te préviendrai et tu iras réclamer à la poste. Quand tu recevras ma lettre Henri sera sans doute retournée en France. Donne-moi son adresse.

Embrasse bien pour moi tout le monde chez Tante et chez Mr Jouve

Mille baisers de ton fils    René

 

 

 

 

Berck le 24 aout 1916 

Ma chère maman,

Nous voilà à Berck. C’est une ville d’environ 1500 habitants où nous avons été très bien reçus. Nous sommes cantonnés dans des maisons inoccupées et si ce n’était le lit en paille que nous avons, on pourrait se croire chez soi !

J’ai reçu deux lettres de toi contenant des lettres d’Henri et de Claire. Je n’ai pas encore reçu le mandat  et je t’assure qu’il me serait bien utile surtout ici où trouve ce que l’on veut. Je n’ai pas reçu non plus le colis que tu devais m’envoyer (n’oublies pas les cigarettes). J’ai reçu un petit colis de Tante Adèle avec des conserves et du chocolat. Les conserves ne peuvent m’être utiles que dans les tranchées.

J’ai reçu une très gentille lettre de tata Adèle. Elle est très bonne pour nous tata. Je vais lui répondre immédiatement et la remercier.

Embrasse bien tout le monde pour moi chez tante Victoire et chez Mr Jouve.

Mille  baisers de ton fils René

Berck, le 29 Aout 1916

Ma chère maman

A l’instant je reçois ta lettre datée du 22. Cette lettre n’a mis que 7 jours pour arriver. Ce n’est pas beaucoup, mais il y en a qui se ballade depuis une éternité. Les mandats et les colis n’arrivent pas. Je n’ai pas reçu le colis de Mr Jouve.

Avant-hier j’ai reçu une lettre de Gaston. Il est toujours à Caen. IL était allé en Normandie pour y travailler, malheureusement ils ont été très mal reçus, aussi  se sont-ils débinés en vitesse.

Les normands ne sont pas comme les berckois. Hier il faisait un temps horrible. La patronne de notre établissement a pris tous nos bidons de deux litres  et les a remplis de bière.  Ce n’était pas pour elle une bien grosse dépense (car elle est riche) mais cela nous a fait grand plaisir.

Le temps n’a pas changé. Heureusement car nous devions faire aujourd’hui une marche de 20 km (entre parenthèse nous sommes au repos)

Je plains les pauvres malheureux qui sont en ce moment dans les tranchées. Surtout où nous étions car dès qu’il tombe une goutte d’eau la terre s’éboule  et il est impossible de rester dans la tranchée.

Tu te représentes la vue que l’on peut avoir accroupi dans la boue en regardant l’eau qui vous tombe dessus.

Tu as sans doute vue que la Roumanie avait déclaré la guerre à l’Autriche. Cela nous diminuera sans doute la durée de la guerre. Il faut le souhaiter.
Embrasse bien tout le monde pour moi chez Tante et chez Mr Jouve

Les meilleurs baisers de ton fils René

 

 VERS 1917

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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