6 décembre 1914

Le 6 décembre 1914                                    lettre d’Henri à sa sœur Claire

Ma chère Clairette

 

J’ai reçu aujourd’hui un paquet dû à ta gentillesse. Quelques jours avant j’ai reçu les photos de ton petit Riquet. Tu ne peux te figurer combien ces photos m’ont causé de plaisir. Ton petit gosse vraiment est charmant, et je suis fier d’avoir un neveu pareil. Sur une des photos, il a un air étonné qui lui va à ravir ; sur l’autre où il rit, il m’a communiqué l’envie de rire. J’espère avoir le bonheur de connaitre mon neveu, si cela n’arrive pas tu lui parleras souvent de son tonton qui l’aurait bien aimé, bien gâté.

Merci beaucoup pour ton paquet. Ecris-moi le plus souvent possible  car tu ne peux pas te figurer combien une lettre ou simplement une simple carte cause du plaisir. Nous sommes toujours au même endroit et je suis toujours bien portant ;

Embrasse pour moi ton petit Riquet, mes amitiés à la famille Jouve. De gros baisers pour toi de ton frère Henri Ma lettre arrivera aux environs de la Noël. Bonnes fêtes de Noël. Je joins à ma lettre une poésie de Miguel Zamacois, Auteur des Bouffons. 

Heni

 

 

 

 

Le 6 décembre 1914   reçue le 14

Ma chère maman,

Je reçois à l’instant ton paquet où j’ai trouvé des genouillères qui sont, m’as-tu dit le travail de Gaby. Merci aussi pour les sucreries. Cela m’empêchera de fumer, car j’ai un peu repris cette habitude, mais je ne fume qu’après les repas, une cigarette et encore pas toujours. J’ai reçu aussi aujourd’hui un paquet de Claire où il y avait quelques mouchoirs, un bâton de réglisse, des pastilles de chocolat ; tu vois que j’ai été gâté aujourd’hui.

J’ai pris ce matin, car nous sommes au repos, un bain complet ; l’installation était plutôt rudimentaire : un grand baquet, un seau d’eau chaude à droite, un seau d’eau froide à gauche et une casserole pour me doucher.

Cette nuit orage épouvantable, pluie et vent en quantité mais j’étais dans une chambre bien close où j’ai dormi bien à l’abri ! Ce matin le temps est très beau, on se croirait presqu’au printemps.

Je ne reçois toujours pas de lettres de Louis n’ayant pas son adresse, je ne puis lui écrire et il est peut être à mon égard dans le même cas que moi. Que tante lui envoie mon adresse et toi, envoie moi la sienne.

René non plus ne m’écrit pas : il pourrait pourtant me raconter bien des choses qui doivent se passer à Oran, me parler de ses travaux, de l’emploi de son temps le dimanche etc. Je compte qu’il m’écrive dès réception de cette lettre.

Toujours rien de nouveau, je me porte bien.

Je t’embrasse bien fort

Ton fils

Henri

Oran 14 xbre lundi soir

Ma chère enfant,

J’ai reçu aujourd’hui ces 2 lettres d’Henri : il se porte bien et prend le temps comme il vient sans se tourmenter. En cela il a raison ! s’il nous était possible d’en faire autant ce serait bien, mais comment ne pas s’inquiéter les sachant ainsi exposés. Tu ne devrais pas t’inquiéter comme tu le fais au sujet d’Albert. Certainement il travaille beaucoup mais enfin il est fort et très bien portant et peut supporter ces fatigues sans que tu t’imagines qu’il finira peut être malade. Songe, ma chère enfant, à ceux qui se trouvent sur le front et qui sont bien plus exposés et obligés de fournir un effort bien grand et q.q. fois plusieurs jours de suite. Il est probable qu’Albert doit de temps en temps avoir des moments de repos, ils ne pourraient suffire à sa tâche sans cela. Bonnes nouvelles aussi de Louis ; ils ont fêté à leur batterie la décoration de leur capitaine, et la citation de leur batterie à l’ordre du jour, après les combats à Tracy-le-Val où il y a eu reculade des allemands, mais la lutte a été bien chaude et meurtrière…pour les ennemis, dit-on toujours. Enfin, sa lettre d’aujourd’hui réclame un paquet de victuailles pour fêter Noël. Si tu m’en croyais,  tu lui enverrais le même colis que tu viens d’adresser à Albert et à Henri ; Tante et grand-mère , j’en suis sûre, seraient sensibles à cette attention de ta part.

Je suis allée ce soir à 6h chez tante lui demander la petite capeline ; je lui ai dit que celle de Riquet était trop petite, je l’ai priée de lui en faire une autre ; je lui ai remis 1f qu’elle ne voulait pas, mais je lui ai dit que je tenais à envoyer cet objet à mon petit fils, qu’elle y participait en la faisant et que c’était assez. Tu enverras ces lettres à Gaston, je n’ai rien eu de lui aujourd’hui. Je voudrais bien savoir s’il a reçu ma lettre. Ces lettres à Gaston et lui aura à les envoyer de suite à O.F. J’espère que tout le monde va bien ainsi qu’à Alger. Si j’ai une lettre de Gaston, je te l’enverrai pour qu’à ton tour tu l’adresses à Henri. Est-ce que Clairette a des nouvelles de son fiancé.

Baisers à tous , Thérèse

 

 

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