30 novembre 1914

 

Le 30 novembre 1914   reçue le 14 décembre                  Henri

 

Ma chère maman,

 

Il fait depuis hier un temps magnifique et malgré le ciel découvert, il ne fait pas trop froid. Je reviens de prendre mon chocolat du matin avec du pain grillé ; cela t’étonnera et pourtant c’est vrai. Nous sommes en 2è ligne et nous trouvons au village quoiqu’inhabité, du lait ; j’ai eu l’occasion d’acheter du chocolat et j’en fais faire.

On trouve à acheter différentes choses par l’intermédiaire des infirmiers quand ils vont en arrière pour amener des malades ou des blessés. Avant-hier au soir nous avons fait un grand « chahut », pour célébrer la victoire Russe, le général d’armée avait prescrit qu’à 10h l’artillerie tirerait pendant ¼ d’heure et qu’à ce moment là nous crierions tous ensemble « vive la France ». Tu penses si nous avons crié fort à l’heure dite. Tout d’un coup, tous les canons de notre ligne se mirent à tirer à toute vitesse. Je t’assure que joints à nos cris cela devait faire un joli « chahut » et qu’ils ont dû avoir une belle alerte, ceux d’en face.

Le 4 décembre Je continue cette lettre commencée que j’avais cru égarée et que je retrouve maintenant dans la poche de ma capote. Nous venons de passer trois nuits en première ligne, nuits très tranquilles. Nous retournons ce soir en 2è ligne et c’est ainsi la navette depuis le 18 octobre, c'est-à-dire depuis 56 jours.

J’ai reçu hier au soir 5 lettres, 3 de toi, 1 de Claire et une de Maurice. Tu penses que j’étais content et dans la tienne j’ai trouvé des journaux et dans celle de Claire 1 lettre de Gaston et 2 photos du superbe bébé qui est Henri. Au sujet des journaux, je n’ai absolument rien à craindre quand tu m’en envoies. Nous lisons ici les journaux qui ont paru le matin ou la veille à Paris. Tu vois que l’on a des nouvelles fraîches. Si je tiens à avoir l’écho c’est pour les nouvelles locales ou spéciales à l’algérie. J’ai expédié, je te l’ai, je crois, déjà dit, les cartes où tu avais mis les adresses. J’ai rectifié aussi l’adresse d’Albert.

Avant-hier au soir, je suis allé rendre visite à Friess, je suis arrivé juste au bon moment pour me voir offrir des crêpes qu’ils venaient de faire cuire dans la tranchée ; elles ne valaient assurément pas celles que je mangeais à la maison ; mais à la guerre comme à la guerre, et je t’assure que je les ai trouvées très bonnes.

Pour la Noël, nous nous sommes promis de réveillonner dans une de nos tranchées. On réveillonnera sans doute ici, à moins que les allemands soient repoussés. Nous devons chacun de nous apporter notre cote part, et tacher d’ici là de rassembler des provisions nécessaires.

Temps toujours beau et pas froid du tout. Nous n’allumons les poêles dans les tranchées que vers le matin de très bonne heure.

 

Je te quitte ma chère maman. Embrasse Cousine Maria pour moi quand tu les verras, un baiser à René et à tous chez tante Adèle.

Je t’embrasse mille fois

Henri

 

Tlemcen le 16

Mon cher Gaston

Je t’envoie la lettre d’Henri. J’ai eu aujourd’hui  aussi des nouvelles de mon Albert. Il va bien, mais fait souvent un travail pénible et parfois triste. As-tu reçu ce que je t’ai envoyé ? J’espère te voir bientôt mon cher Gaston et t’envoie avec la bisette de mon Riquet, mes baisers affectueux. Embrasse tout le monde à OF et à Alger.

Ta sœur Clairette

 

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