25 février 1914

Périgueux le 25 février 1914                                                  

 

Ma chère maman

 

Ne marchant pas aujourd’hui, car je remplace le caporal de la semaine, j’ai un peu de temps pour t’écrire. Je suis dans la chambre des malades (qui sont peu atteints), et je dois les surveiller. J’en profite pour étudier une leçon de géographie que l’on doit réciter ce soir.

Le nombre de malades diminue beaucoup ; et à la Cie il n’y en a que trois ou quatre (peu atteints).

Hier en fait de mardi gras, quoique ayant quartier libre l’après midi, nous avons travaillé notre géographie. En ville, quand nous sommes sortis, il y avait très peu d’animation, quelques masques et encore quels masques qui se promenaient. J’espère qu’à Oran, les Oranais se sont un peu plus amusés que les Périgourdins, qui ma foi, ont l’esprit bien tranquille et peu bruyant !

Je n’ai pas reçu ta lettre aujourd’hui, je l’aurai peut être ce soir. J’ai reçu ton médicament ; comme en ce moment on ne fatigue pas beaucoup, je ne prendrai de ces pilules que quelques temps avant les marches, qui seront sans doute retardées à cause de l’état sanitaire.

Dimanche dernier nous devions encore aller à Bordeaux ; tout le monde avait ses permissions, quand au dernier moment a paru un ordre du Ministre de la guerre supprimant toutes les permissions pendant les fêtes de carnaval. Tu penses si nous étions contents !!! Il a fallu immédiatement télégraphier à l’équipe qui nous attendait et à laquelle nous avons joué deux fois le même tour.

Le temps est à la pluie depuis samedi dernier, et je crois que maintenant jusqu’au mois d’avril, on ne verra plus souvent le soleil. Enfin, étant soldat, je dois aimer la pluie, car pendant qu’il pleut on ne marche pas, du reste un proverbe qui a cours ici, est celui-ci :

« Pompez, pompez Seigneur pour le bien de la terre et le repos du militaire. »

Quand on ne marche pas, je fais à mon escouade des théories, et cela me fait revoir mon règlement militaire, sur lequel il faut être très calé à l’examen.

Je te charge, maman d’embrasser mes frères pour moi, et reçois de gros baisers de ton fils Henri ; J’attends une lettre de Gaston et René (dont je n’ai pas encore vu une lettre) me donnant des nouvelles du carnaval à Oran. H

J’ai reçu aujourd’hui ta lettre, j’espère que tu vas te soigner. Je vais écrire de nouveau à tante, car je l’ai déjà fait dès réception de son mandat.

Je t’embrasse Henri

1913

Périgueux - 1913

Henri, debout derrière, 3ème en partant de la droite, bras croisés

 

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