2 janvier 1915

Le 2 janvier 1915 lettre reçue le 11 matin                                Henri

 

Ma chère maman,

 

J’ai reçu hier au soir tes 2 lettres du 23 et 24 et en même temps une carte de Suzanne Gradushl. Ces lettres m’ont causé bien du plaisir, c’était les premières que je recevais de cette nouvelle année ; espérons que les vœux qu’elles transportent se réaliseront.

J’ai écrit hier à tante Clotilde, et avant-hier à Mr Bister. As-tu écrit à Mme Lagarde (charcuterie – rue de bordeaux – périgueux) pour les colis qu’elle m’a envoyés, ainsi qu’à Marie et Friess.

Je t’ai déjà dit qui était cette dame. Elle nous louait à tous les 4 une chambre meublée dans sa maison. Elle n’avait aucune obligation à notre égard, mais cette dame est très gentille, et je me souviendrai toujours de sa gentillesse en des circonstances pareilles.

Claire et Riquet doivent être près de toi en ce moment ; que tu dois être heureuse d’avoir ce petit fils ! il va te sembler que c’est nous, tout petits, qui reviennent ; Et si, un jour, je venais à tomber, eh bien, il me remplacerait, et tu le chérirais doublement.

Mais ne parlons pas de malheur ; et j’espère bien un jour débarquer à Oran, et alors pour y rester, et avec toi ma chère maman. Mais je t’en prie, ne te fais pas trop de mauvais sang, car tu te rendrais malade, et alors, si je le savais, la vie ici me serait encore plus pénible.

L’hiver sévit en ce moment dans toute sa rigueur, la pluie surtout tombe en grande quantité, c’est ce qu’il y a de plus ennuyeux dans ces tranchées où la pluie cause une boue infecte car la terre où nous sommes est très friable quand il a gelé. Enfin, nous y sommes depuis 2 mois et demi, nous nous habituons à ce temps, et nous sommes moins à plaindre que ceux du nord qui gèlent dans leurs tranchées.

Toujours même tranquillité chez nous et chez les allemands, nous nous regardons et nous nous tirons de loin, sans nous faire beaucoup de mal. Il n’en est pas de même de notre artillerie qui démolit souvent leurs tranchées.

Nourriture toujours suffisante. Ce soir nous passons en 2ème ligne, je vais donc passer 3 jours dans une chambre, et en profiter pour faire beaucoup de lettres ; c’est ma seule distraction.

 

Je t’embrasse ma chère maman ainsi que Claire, René et Riquet.

Ton fils

Henri

Reçu lettre de René.

 

Oran 12 janvier, à expédier à Gaston qui lui les adressera à Tata Lucie. T (Thérèse)

 

 

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